Réseaux sociaux et parentalité : 3 pièges à éviter | Mumazing.app | Mumazing.app

Réseaux sociaux et parentalité : 3 pièges à éviter quand on devient parent

Besoin d'un professionnel ?

Trouvez facilement le spécialiste qu'il vous faut parmi plus de 70 spécialités

Réseaux sociaux et parentalité : 3 pièges à éviter quand on devient parent

Caroline BEUDET

Caroline BEUDET

Baby planner | Consultante en organisation

Publié le vendredi 7 août 2026

Une photo de salon impeccable. Un enfant qui mange déjà proprement tout seul. Une maman qui a “retrouvé son corps“ quinze jours après l’accouchement. Il suffit de quelques minutes de scroll pour croiser ce type de contenu. Rien de tout ça n’est faux à proprement parler, mais rien n’est complet non plus : ce sont des fragments soigneusement choisis, et pourtant, ils suffisent à faire douter de soi, de ses choix, de son enfant, parfois en quelques secondes.

La maternité est unique à chaque femme, à chaque bébé, à chaque famille, à chaque situation. Sur les réseaux sociaux, des comptes qui cumulent des dizaines ou centaines de milliers d’abonnés en viennent pourtant régulièrement à présenter une méthode comme LA bonne méthode, comme s’il pouvait n’en exister qu’une seule. Trois mécanismes, en particulier, méritent d’être mieux compris par les parents qui naviguent au quotidien entre grossesse, post-partum et réseaux sociaux.

1. La comparaison permanente, entretenue par l’algorithme

Il y a quelques mois, une maman de jumeaux prématurés publiait régulièrement une photo de son fils installé en position semi-assise, une position qui l’aidait à soulager ses reflux importants. Elle a reçu une vague de critiques : cette position ne serait pas “physiologique“. Pourtant, quand un enfant souffre de reflux et qu’une position le soulage réellement, la théorie compte moins que le confort de l’enfant.

Depuis, cette maman précise systématiquement, quand elle partage une référence de matériel ou explique ce qu’elle donne à manger à ses enfants : “c’est ce qui fonctionne pour <u>mon</u> enfant“. Une précision qui, en toute logique, ne devrait même pas être nécessaire, tant elle devrait aller de soi. Mais la pression de la comparaison est telle qu’il faut désormais s’en prémunir explicitement, à chaque publication.

C’est là tout l’enjeu : chez les jeunes parents, la tendance à se comparer aux autres, et surtout à comparer les enfants entre eux, est un réflexe naturel que les réseaux amplifient. Chaque enfant avance pourtant à son propre rythme. Certains parlent parfaitement à deux ans, d’autres beaucoup moins, sans que ce soit un signe d’inquiétude : ils excellent ailleurs, là où d’autres sont en retrait. Comparer des enfants entre eux revient un peu à comparer deux générations d’un même smartphone : la comparaison n’a simplement pas de sens. Ce sont des enfants, pas des produits, un rappel que les réseaux sociaux nous font trop souvent oublier.

Ce que dit la recherche. La théorie de la comparaison sociale, formulée dès 1954 par le psychologue Leon Festinger, explique que nous évaluons naturellement notre propre valeur en nous mesurant aux autres. Des chercheurs ont montré qu’il suffit d’être exposé quelques minutes à un profil idéalisé pour que l’estime de soi baisse de façon mesurable (Vogel et al., 2014). Une distinction plus récente affine encore ce constat : c’est surtout l’usage passif des réseaux, le scroll silencieux sans interaction, qui est associé à davantage de comparaison sociale et à une baisse d’humeur (Verduyn et al., 2017). Le moment où l’on scrolle “juste pour voir“, sans même liker ni commenter, serait donc le plus délicat.

2. Le business discret derrière les recommandations

Les codes promo méritent aussi d’être regardés de plus près. Depuis les nouvelles lois encadrant le commerce en ligne et la pratique des influenceurs, les promesses les plus mensongères se sont raréfiées. Mais un constat demeure : parmi les créatrices de contenu enceintes ou jeunes mamans qui proposent des codes de réduction, peu ont réellement testé les produits recommandés sur la durée, et quand elles l’ont fait, elles ne les utilisent pas toujours au quotidien. Le contenu répond avant tout à un partenariat rémunéré, ce qui est légitime, mais qu’il est utile de garder en tête.

Les chiffres montrent à quel point ce levier fonctionne sur les jeunes parents :

81 % des parents ont déjà acheté un produit pour leur enfant après l’avoir découvert via un influenceur (Baromètre Bilbokid x Junior City, 2025), une pratique en progression.

- Environ 9 parents sur 10 qui suivent un influenceur ont déjà acheté un produit recommandé dans une de ses publications (Baromètre Bilbokid x IDM Families, 2024).

Ce n’est donc plus de l’inspiration ponctuelle : c’est devenu un véritable réflexe d’achat. Ce qui mérite d’être souligné, c’est que les comptes de parents qui partagent bénévolement leur retour d’expérience sont souvent tout aussi riches d’enseignements, sinon plus, que ceux des créatrices à très large audience. Les réseaux sociaux ne sont pas à rejeter en bloc, de nombreux parents y trouvent un vrai équilibre. Simplement, la grossesse et les débuts avec un bébé sont une période où l’on est particulièrement réceptif à ce type de recommandations, et il est utile de garder à l’esprit que ces personnes restent des créatrices de contenu, pas nécessairement des expertes en matériel de puériculture. Le sentiment d’urgence (“offre limitée à 24h”) fonctionne en ligne comme il fonctionnerait en magasin, simplement de façon moins visible.

3. Le noir ou blanc qui écrase les nuances

L’allaitement en est un bon exemple. Même en dehors des réseaux sociaux, les avis sur le sujet sont déjà tranchés : d’un côté celles qui ne comprennent pas qu’on puisse donner du lait infantile à son enfant, de l’autre celles qui rejettent l’allaitement parce qu’elles ne le supportent pas. Entre ces deux positions, pourtant, il existe une multitude de situations intermédiaires :

- des femmes qui n’aiment pas la sensation d’allaiter, mais qui tirent leur lait pour nourrir leur enfant au biberon ;

- des femmes qui pratiquent l’allaitement mixte, entre sein et lait infantile 

- des femmes qui n’ont pas eu le choix, parce que la montée de lait n’a jamais eu lieu 

- des enfants allergiques aux protéines du lait de vache transmises via l’alimentation maternelle ou intolérants

- des enfants dont les reflux imposent d’épaissir chaque biberon

Il existe autant de situations que de mamans et de bébés. Les réseaux sociaux agissent ici comme un miroir grossissant de tendances déjà présentes dans la société : la difficulté à se placer au milieu, à envisager la situation de l’autre sans jugement immédiat. Tout y devient facilement noir ou blanc, alors que la zone grise, ces situations intermédiaires qu’aucune case ne résume vraiment, concentre sans doute la majorité des cas réels.

En pratique

Les réseaux sociaux ne sont pas à diaboliser : beaucoup de parents y trouvent de l’information utile, du soutien, et une vraie communauté. L’essentiel est d’y être attentif :

Prendre du recul sur ce qu’on lit et ce qu’on absorbe, sans toujours s’en rendre compte.

Laisser passer un temps de réflexion avant de commander sous le coup d’un code promo à durée limitée.

Croiser plusieurs sources plutôt que de se fier à une seule voix, aussi convaincante soit-elle.

Faire appel à des professionnels certifiés pour les questions de fond sur sa grossesse ou son enfant.

Continuer à échanger avec d’autres parents en vrai, au-delà de l’écran, quand c’est possible.

C’est précisément l’esprit de mon métier de baby planner : accompagner chaque famille dans sa situation, à son rythme, sans filtre ni jugement, loin des injonctions qui circulent en ligne. 

Écrit avec bienveillance par Caroline, Baby Planner certifiée.

Retour au blog

Contenu associé